Saidou Hamadjoda
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Viandes et produits carnés 30 Mai 2025 1
Le rôle sociétal de l’élevage : de la
déclaration de Dublin à l’appel à Action de
Denver
Le rôle sociétal de l’élevage débattu à Dublin puis Denver ou comment relever le défi colossal
de bien nourrir les populations mondiales tout en minimisant les impacts environnementaux.
Mots clés : élevage, développement durable, nutrition humaine, protection de l’environnement, bien-être animal,
communication
Auteurs : Jean-François Hocquette
1
, Alix Neveu
2
, Stefaan De Smet
3
, Fdéric Leroy
4
1
INRAE, Université Clermont Auvergne, VetAgro Sup, UMR1213, Recherches sur les Herbivores, Theix, 63122 Saint-Genès Champanelle,
et Association Française de Zootechnie, AgroParisTech, bâtiment E, 22 place de l'Agronomie CS 20040, 91123 Palaiseau Cedex France
2
IMR3GF, ul. Smulikowskiego 4/217, 00-389 Warszawa, Poland
3
Ghent University, Laboratory for Animal Nutrition and Animal Product Quality, Faculty of Bioscience Engineering, Ghent, Belgium
4
Industrial Microbiology and Food Biotechnology (IMDO), Faculty of Sciences and Bioengineering Sciences, Vrije Universiteit Brussel,
Brussels, Belgium
Après le congrès de 2022 et la claration de Dublin sur le le sociétal de lélevage, lappel à action
discuté au congrès de Denver en 2024 appelle les décideurs politiques du monde entier à prendre des décisions
concernant l’élevage sur la base de travaux scientifiques solides.
Résumé
La Déclaration de Dublin sur le rôle sociétal de l’élevage a encouragé les scientifiques du domaine à alerter les décideurs politiques et le
public sur l’importance de fonder les recommandations alimentaires et de promouvoir une image de l’élevage à partir de preuves scientifiques
solides. Ils le font consciencieusement et au prix de devenir la cible de campagnes militantes, visant à discditer des voix scientifiques
gênantes. Certes, des points de vue divergents sur la meilleure façon de mettre en œuvre les sultats scientifiques ou sur la nature ou la taille
optimum des futurs systèmes d'élevage se sont exprimés. Toutefois, il existe un ferme consensus sur l'importance cruciale de maintenir des
approches scientifiques rigoureuses pour un débat éclairé à propos de l’élevage. Ce contexte a incité les scientifiques en sciences animales à
renouveler leur engagement en publiant l’appel Appel à Action de Denver. Cela a éfait à l'occasion du deuxième Sommet international sur
le rôle sociétal de la viande et de l’élevage à Denver en octobre 2024, où les connaissances scientifiques actuelles à propos de l’élevage ont
été présentées de façon synthétique. Cet appel s’adresse aux décideurs politiques du monde entier à s’engager en faveur de la pluralité et de
la rigueur dans la prise de décisions fondées sur des données probantes. Relever le défi colossal de nourrir les populations mondiales tout en
minimisant les dommages environnementaux ne sera possible que gce à l’application transparente de la rigueur scientifique, en évitant
l’orgueil, la présomption et le dogmatisme.
Abstract: The societal role of livestock farming: from the Dublin Declaration to the Denver Call to Action
The Dublin Declaration on the Societal Role of Livestock Farming encouraged scientists in the field to alert policy-makers and the public
to the importance of basing dietary recommendations and promoting an image of livestock farming on sound scientific evidence. They do
this conscientiously, even if they become the target of militant campaigns aimed at discrediting disturbing scientific voices. Certainly,
divergent views have been expressed on the best way to implement scientific findings, or on the optimum nature or size of future livestock
systems. However, there is a firm consensus on the crucial importance of maintaining rigorous scientific approaches for an informed debate
on livestock farming. This context prompted animal scientists to renew their commitment by publishing the Denver Call to Action. This was
done on the occasion of the second International Summit on the Societal Role of Meat and Livestock in Denver in October 2024, where
scientific knowledge about livestock farming was presented. This call is addressed to political decision-makers around the world to commit
to plurality and rigor in evidence-based decision-making. Meeting the colossal challenge of feeding the world's populations while minimizing
environmental damage will only be possible through the transparent application of scientific rigor, avoiding hubris, presumption and
dogmatism.
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La revue scientifique
Viandes & Produits Carnés
Référence de l’article : VPC-2025-4044
Date de publication : 30 mai 2025
www.viandesetproduitscarnes.fr
Viandes et produits carnés 30 Mai 2025 2
I. INTRODUCTION
En 2022, un groupe de 150 scientifiques au moins
de plusieurs pays se sont réunis à Dublin pour
examiner les enjeux, les faiblesses et les bénéfices de
l'élevage et des productions animales qui sont très
critiqués dans la sphère publique. A la suite de ce
congrès, la déclaration de Dublin a été publiée afin de
promouvoir une recherche impartiale, rigoureuse et
honnête concernant les productions animales. Cette
déclaration a ésignée par plus de 1200 scientifiques
de nombreux pays début 2025 (https://www.dublin-
declaration.org/signatures).
La seconde édition de ce Sommet a eu lieu à
Denver dans le Colorado fin octobre 2024. Ce
congrès, uniquement sur invitation, a réuni environ
200 personnes et il était organisé en quatre sessions
après une introduction générale concernant
l'importance de la science dans le débat public et la
confiance que nos concitoyens peuvent avoir dans la
science.
L’exposé introductif a été réalisé par Charlie
Arnot (Look East, USA). Le présentateur a argumenté
que les conflits naissent lorsque les attentes sociétales
ne sont pas satisfaites par les différents produits ou
services auxquels le consommateur a accès. Il s’agit
d’un conflit de valeurs. Les attentes sociétales en forte
évolution d’une part, et l'acceptabili sociale des
produits animaux d’autre part, sont de plus en plus
divergentes en raison d’un conflit de valeurs de plus
en plus important. D’un côté, ces attentes sociétales
évoluent avec le temps et impliquent, outre un prix
d’achat acceptable des produits animaux, la nécessité
que ces produits soient issus de systèmes de
production éthiques, en respectant les nouvelles
valeurs et les attentes des citoyens. La réponse qui est
généralement apportée est une réponse plutôt rigide
et bureaucratique qui induit des coûts
supplémentaires car d’ordre gislatif et
réglementaire pour satisfaire à des exigences de
conformité et gérer les conflits. La question
principale ainsi posée est la confiance que nos
citoyens ont en la science. Ainsi, on peut distinguer
différents groupes sociaux : 1) les scientifiques (6%
de la population environ mais 11% de l’audience
publique) véhiculent des messages scientifiquement
étayés mais sont incapables de les simplifier pour le
grand public influençant ainsi que des intellectuels. 2)
Ces derniers représentant 9% de la population avec
une audience de 14% s'approprient les messages
scientifiques avec une grille de lecture favorisant
léthique, les simplifient et les partagent afin
d’apporter de la matière à leurs disciples qui veulent
simplement prendre les bonnes cisions. 3) Les
penseurs bienveillants (32% de la population avec
40% de laudience publique) font confiance aux
affirmations fortes voire radicales que leur origine
soit officielle ou non, et ont tendance à exagérer les
impacts des aliments quitte à porter atteinte à leur
crédibilité. 4) Enfin, les existentialistes (14% de la
population, 25% d’audience) prétendent avoir une
moralité exemplaire, sont généralement très engagés
politiquement et préfèrent les informations qui
valident leurs croyances préalables. La confiance que
les citoyens ont vis-à-vis des informations qui leurs
sont données résulte d’une combinaison entre les
compétences des pourvoyeurs d’information et les
croyances des citoyens modérées par diverses
influences. Les croyances (basées sur un partage de
valeurs) prennent de plus en plus dimportance aux
dépens de la compétence supposée des pourvoyeurs
d’information (basée sur leur expertise et sur les
observations scientifiques).
Tout ceci explique pourquoi les messages
scientifiques sont de moins en moins audibles ou de
moins en moins crédibles. Nous vivions en effet
depuis Galilée dans une société pilotée par la science
de plus en plus diffusée à la suite de linvention de
limprimerie. Toutefois, le développement des
réseaux sociaux comme intermédiaires
supplémentaires entre le scientifique et le citoyen
amplifient grandement la déconnexion entre une
approche scientifique crédible et la société de plus en
plus exigeante.
II. SESSION 1. SANTE ET NUTRITION
II. 1. Valeur nutritionnelle des viandes
La première session animée par Frédéric Leroy a
porté sur la valeur nutritionnelle des produits
animaux. Trois exposés ont porté successivement sur
le score PURE pour un régime sain (par Andrew
Mente, McMaster University, Canada), la
malnutrition dans les pays à revenu faible ou moyen
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(par Lora Iannotti, Washington University, USA) et
la malnutrition dans les pays développés (par Ty Beal,
Gain, USA).
Les recherches conduites pendant plus de 10 ans
sur le score PURE ont montré que les risques de
mortalité liés à une mauvaise alimentation
augmentent lorsque la proportion d'énergie apportée
par les glucides augmente. Il s'agit bien sûr de
l'amidon apporté par les céréales et non pas la
consommation de fruits et légumes. En revanche, les
mêmes études ont montré que la viande non
transformée ou la viande de volaille n’ont aucun effet
sur l'augmentation du risque de mortalité, la viande
rouge ayant un effet neutre voire légèrement
protectrice. Ainsi, un régime bon sur le plan
nutritionnel contient non seulement des produits
végétaux (légumes frais, fruits, légumineuses, noix,
poisson) mais également des produits animaux
(poisson, produits laitiers, etc.). Ces résultats ont été
obtenus avec plus de 245000 personnes issues de 80
pays et sont en accord avec 6 autres études
internationales et les recommandations qui découlent
de ces observations diffèrent des premières études
réalisées il y a plusieurs dizaines d'années. Un rapport
de la FAO intitulé “Contribution of terrestrial animal
source food to healthy diets for improved nutrition
and health outcomes” confirme ces analyses (la
présentation est disponible sur
https://drive.google.com/file/d/1f8sv02-
G9ulwjoYIxOIct3BOcJzquCSO/view).
Lors de ces travaux caractérisant les régimes bons
sur le plan nutritionnel, la viande était bien présente
dans ces régimes mais les experts qui ont relu l'article
scientifique lors de sa soumission ont considéré qu'il
ne fallait pas garder la viande parmi les aliments
acceptables en raison de son impact environnemental
élevé. Cette observation a soulevé un point de
discussion important : est-ce que c’est le critère
environnemental qui est le plus important ou au
contraire le critère nutritionnel.
L’absence de produits animaux dans les régimes
alimentaires peut conduire à deux familles de
problèmes : les retards de croissance et les carences
surtout dans les pays pauvres
(https://drive.google.com/file/d/1koJbhDgzW_uXW
1kFgVFHRmkDZ87RBvH5/view) comme expliqué
par Dr Lora Iannotti. La malnutrition prévaut dans le
monde entier avec des problèmes de surpoids et
d’obésité notamment dans les pays développés. Les
nutriments absents des régimes alimentaires dans les
pays pauvres se trouvent en fortes concentrations et
avec une forte digestibilité dans les produits animaux.
Tout en protégeant l’environnement et les risques de
surconsommation des produits animaux, il est
important de protéger les populations vulnérables
contre une faible consommation de produits animaux.
Les recommandations alimentaires doivent
considérer l’entièreté de ces aspects. Nous avons
encore besoin de connaissances pour préciser les
consommations optimales et la fréquence
recommandée de consommation des différentes
catégories de produits animaux en particulier pour les
différents groupes de population des pays pauvres.
Les différentes carences pour les micronutriments
varient en fonction des différentes régions du monde
mais sont bien présentes partout comme expliqué par
le Dr Ty Beal
(https://drive.google.com/file/d/1rUoG6jrYquoZhIV
wpOMLRLWUKUG_pKvq/view).
Ainsi par exemple, des carences en fer élevées
sont observées pour les femmes au Royaume-Uni et
aux Etats-Unis. En Arabie Saoudite, ce sont plutôt des
carences élevées en vitamine D qui sont observées.
La consommation d'acide gras de la famille des
oméga 3 issus de la pêche est insuffisante en Chine,
en Inde, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique
du Sud et dans une moindre mesure en Amérique du
Nord. Pour les autres micronutriments tels que la
vitamine E, la vitamine C, le fer et le calcium, nous
observons également de grandes différences entre
pays et entre régions du monde ; en particulier pour le
fer, rares sont les pays pour lesquels les populations
ont un apport suffisant et c'est probablement la
carence qui pose le plus de problèmes en raison de ses
impacts importants sur la santé. Aux États-Unis, les
carences les plus importantes sont celles en fer, en
magnésium, en vitamine C et surtout en iode et en
vitamine E. Les aliments mauvais pour la santé
réduisent les avantages de la diversité alimentaire et
remplacent les aliments bons pour la santé dans les
pays à revenu élevé. D'une façon générale, les
produits animaux sont les sources uniques de rétinol,
de fer héminique, de vitamine B12 et de vitamine D3.
La biodisponibilité du zinc et de la vitamine B6 sont
très élevés dans les produits animaux. Les produits
animaux ont un profil en acides aminés complet et des
protéines bien assimilables. Ce sont aussi des sources
uniques de DHA et de EPA. Ils apportent aussi des
micronutriments avec des effets potentiellement
bénéfiques pour la santé qui incluent la créatinine,
lanrine, la taurine, la cystéamine, la 4
hydroxyproline, la carnosine, le CLA et des peptides
bioactifs. Les produits végétaux sont des sources
uniques de fibres alimentaires et ce sont des sources
importantes de phytonutriments. C'est la source
majoritaire de vitamine C. Les produits végétaux sont
aussi des sources importantes de folates, vitamine E,
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